Conférence de Thierry
Houdart
" Le bois résineux
, legs de Marius Vazeilles, pour une nouvelle
approche de la valeur écologique et économique des
arbres" "
Auteur de :
- Les 4 tomes de l'Art
de la Fuste
- Les Carnets de la Combe
Noire
Présentation de la conférence
La forêt limousine du XXIème siècle que nous connaissons
n'est peut-être pas celle dont parlait Marius Vazeilles,
Il rêvait d'établir une "forêt paysanne" qui, à
côté d'une agriculture consacrée à l'élevage
bovin sur des prairies améliorées, jouerait pour les paysans
le rôle de caisse d'épargne " solide et durable".
Aujourd'hui cette forêt n'est plus, loin s'en faut, aux mains
des paysans, et les reboisements intenses financés par le fonds
Forestier National après guerre ont façonné une forêt
où les bois résineux, et le douglas en premier lieu, ont
pris une part grandissante, même si la surface boisée en essences
feuillues reste la plus importante.
Ces boisements résineux ont été fort critiqués
dans les dernières décennies, accusés de concurrencer
l'espace agricole et de perturber l'environnement. Ils arrivent maintenant
à maturité, et d'importantes quantités de bois seront
disponibles dans les années à venir. Leurs débouchés
sont bien différents de ceux de l'époque de Marius Vazeilles.
Les bois de mine n'ont plus cours, une puissante industrie papetière
s'est installée dans la région, les petites scieries de village
sont en voie de disparition, remplacées par quelques imposantes
scieries aux investissements importants. Quelques entreprises industrielles
et artisanales, utilisant la ressource résineuse locale, se sont
créés dans le Limousin.
Pour ceux qui possèdent la forêt limousine, s'ils sont
petits propriétaires, la forêt reste une caisse d'épargne,
mais pour d'autres, c'est un investissement et parfois même un coffre-fort.
A cet égard, il est intéressant de poser un certain nombre
de questions sur la valeur économique, mais aussi écologique
actuelle de ces bois.
La forêt résineuse limousine est-elle trop ou pas assez
exploitée ?
Comment a évolué le prix du bois résineux depuis
30 ans ?
Comment se détermine jusqu'à présent la valeur
d'un bois résineux ?
Certaines essences sont très recherchées, d'autre moins.
Les raisons tiennent à leurs qualités de résistance
mécanique, mais aussi biologique (résistance aux insectes
et champignons du bois) et à leur résistance thermique, critère
qui prend aujourd'hui une importance fondamentale dans la construction
en bois massif.
Si la résistance biologique est facile à déterminer
visuellement, il en va différemment pour la résistance mécanique
et la résistance thermique du bois. Elles ont pourtant un point
commun. Toutes deux sont étroitement liés à la densité
(ou masse volumique) du matériau bois. Plus un bois est lourd, plus
il résistera à des contraintes mécaniques, mais à
l'inverse plus un bois est léger, plus il est isolant.
La résistance mécanique à fait l'objet d'importants
travaux de normalisation, et les bois sont de plus en plus souvent testés
de façon rigoureuse. Pour ce qui est de la résistance thermique,
il en va tout autrement.
Les nouvelles normes thermiques (RT 2012) appliquées depuis
cette année dans le bâtiment en France ont montré la
nécessité de mieux définir les caractéristiques
thermiques du matériau bois en France. Une analyse comparative avec
les normes internationales montre qu'il serait possible de définir
des critères de résistance thermique du bois basées
sur la mesure de leur densité. Ces travaux amènent de nouvelles
perspectives pour l'utilisation d'essences résineuses "légères"
encore mal valorisées dans la construction.
Mais la forêt et ses produits ne peuvent plus seulement être
considérés comme une ressource économique. Un critère
écologique devrait, s'il est objectivement appliqué, apporter
une nouvelle vie à la gestion de la forêt et à ses
débouchés.
Le réchauffement climatique a attribué une importance
fondamentale aux forêts. Celles-ci sont capables d'absorber significativement
les excès de gaz carbonique et de jouer le rôle de puits de
carbone actif, si elles sont jeunes ou gérées de façon
dynamique. Une forêt vieillissante et sous exploitée ne deviendra
plus qu'un réservoir de carbone.
" C'est dans les bâtiments que nous devons stocker le bois produit,
non dans la forêt ". C'est le cri lancé, en 2010, par
Michel Rocard dans un article du journal Le Monde. Il n'est pas resté
sans échos. Jusqu'à maintenant, la quantité de gaz
carbonique, ou son équivalent carbone séquestré dans
le bois mis en œuvre et durablement conservé dans la construction,
n'était pas pris en compte dans les normes de construction. Ce critère
écologique devient une nouvelle donnée pour les normes futures
"réglementation bâtiment durable", prévues pour 2020.
Nul doute que Marius Vazeilles aurait apprécié cette
perspective qui devrait apporter de nouveaux débouchés à
la forêt résineuse du Limousin, et rapprocher l'économie
de l'écologie forestière, car après-tout, il y a dans
ces deux mots le préfixe eco , du grec oikos, l'habitat.